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Tchenrézi,
cœur de la pratique de l'accompagnant
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Cet article est issu d'un stage Semdrel durant lequel nous avons approfondi les différents types de méditations que l'accompagnant bouddhiste, qu'il soit bénévole, soignant ou un proche de la personne en fin de vie peut pratiquer. La méditation de Tchenrézi était au cœur des pratiques que nous avons abordées. Il n'est pas facile de synthétiser les instructions transmises et pourtant il nous semblait important de permettre au lecteur d'avoir accès à ce thème fort utile pour le pratiquant sur le terrain de l'accompagnement. Aussi, nous avons fait le choix de donner des pistes, des indications et des informations tant sur la fin de vie que sur la méditation afin que ce texte soit une source d'inspiration pour chacun.
De la fin de vie au deuil Nous ne devons pas oublier une première notion, à savoir que chaque individu est unique et il l'est dans sa façon d'être et de réagir. Il est essentiel de nous en souvenir car nous avons tendance à projeter, à ne prendre en compte que notre compréhension de la situation. Au cours de la maladie grave
Au cours de la maladie, nous rencontrons une série de souffrances particulièrement difficiles à traverser, nées des multiples deuils liés à d'inévitables renoncements. Dès l'annonce de la maladie grave, nous devons rencontrer le deuil de notre bonne santé, de notre aisance à nous mouvoir, à nous projeter avec légèreté dans l'avenir. Puis, au cours de l'évolution de la maladie, nous faisons face au deuil de notre autonomie, de notre situation professionnelle et de notre rôle dans la famille… Et puis, il y a le deuil des projets, et notamment de voir grandir ses enfants, de connaître ses petits enfants ; il faut aussi y renoncer. Toute cette période liée à la fin de la vie nous fait rencontrer des situations extrêmement difficiles. La résolution des deuils passe en grande partie par le dire, et il est nécessaire de pouvoir nommer sa révolte, sa tristesse, de dire ce qui se vit. L'accompagnement va donc passer en tout premier lieu par une écoute chaleureuse et sans jugement. Le temps de l'agonie L'agonie peut être brève, mais peut également durer plusieurs jours, et c'est souvent une véritable épreuve pour la personne qui décède, mais aussi pour l'entourage. Cette phase d'agonie est souvent marquée par l'arrêt de l'échange verbal ou bien il devient très ténu. L'angoisse est souvent omniprésente parce que la mort, l'inconnu de la mort fait peur, autant pour le mourant que pour l'entourage ; d'autant plus qu'on n'a peu de mots pour dire ce qui se passe, tout cela est tellement difficile qu'on ne peut le verbaliser. En tant que proche, ce à quoi l'on est confronté, est un sentiment d'impuissance terrible, le sentiment qu'on ne peut rien faire, " il est en train de mourir et je reste, c'est la limite entre lui et moi. " Mais ce sentiment d'impuissance intégré, on peut évidemment avoir une présence spirituelle, prendre Tchenrézi comme refuge, réciter des manis et pratiquer Tonglen.
Après la mort Quelle attitude à avoir face à un cadavre ? Il y a là plusieurs choses à savoir, il y a plusieurs moments qui sont délicats et qu'on peut accompagner si l'on est en situation. Si on le souhaite et si c'est possible, il est bon de veiller le corps pendant les quelques jours avant l'enterrement ou la crémation. La pratique de Tchenrézi, les souhaits en Déouatchène et Tonglen sont tout à fait appropriés à ce moment-là. Quand on récite des manis auprès d'un défunt, on garde la visualisation habituelle, soi-même comme Tchenrézi, dans un environnement pur, Déouatchène, le défunt comme étant Tchenrézi également et laisser faire les manis. Il n'y a rien de particulier à visualiser, c'est une pratique de l'apaisement et la purification. Quand vous faites des souhaits en Déouatchène, vous imaginez Amithaba en face de vous dans l'espace et tous les êtres sous l'aspect de Tchenrézi allant vers Déouatchène. Enterrement ou crémation Dans le bouddhisme il n'y a pas de préférence entre crémation et enterrement, les deux choix sont possibles, ce qui important est de respecter les souhaits du défunt s'il les a émis, sinon de suivre la tradition familiale ; il est important de ne pas choquer. En ce qui concerne les bouddhistes, pour ceux qui le désirent, il y a possibilité de déposer les cendres au Bost, dans ce qu'on appelle le " Jardin du souvenir ", les Tsakang, monuments funéraires. On mélange les cendres avec de la terre, on en fait des tsa-tsa et on les dépose ensuite dans le Tsakang. Cela se fait en plusieurs étapes, la famille peut participer au mélange les cendres à la terre, si elle le souhaite. Les rituels d'Amithaba et Dordjé Sempa sont pratiqués pour la mise des tsa-tsa dans le Tsakang. Toutes les familles sont toujours les bienvenues au " Jardin du souvenir " pour s'y recueillir. Le deuil La phase qui suit la mort d'un proche est une période de souffrance. Il faut du temps pour accepter l'absence, pour passer d'une relation extérieure à une relation intérieure. Ce temps du temps se vit par phases, par étapes (Le deuil ).
Approche spirituelle Entraînement à la compassion L'entraînement à la compassion consiste à élargir notre état d'esprit à tous les êtres. Il y a cette personne qui souffre et avec laquelle je suis en relation d'aide, mais il y a aussi tous les êtres, et ce que je fais là, est fondé sur la motivation d'amener tous les êtres à l'Eveil et donc, si l'on a cette perspective-là, une détente peut s'installer, il y a moins de saisie sur l'activité d'accompagnement. Tchenrézi La pratique de Tchenrézi donne du sens - en tibétain sens et bienfait sont un même mot, il n'y a qu'un seul sens qui soit juste, c'est celui d'accomplir le bienfait de soi et des autres - dans la mesure où, lorsqu'on récite son mantra, lorsqu'on le pratique, il y a un bienfait pour soi-même et un bienfait pour les autres, même dans les situations les plus difficiles à rencontrer. La présence de Tchenrézi n'est pas liée à une volonté conceptuelle, elle est liée à la confiance, s'il y a de l'eau par terre, le reflet de la lune naturellement peut apparaître, s'il y a cette confiance, cette chaleur, cette notion d'abandon, de lâcher, à ce moment-là Tchenrézi est présent. Le mantra OM MANI PEME HOUNG est l'expression naturelle de la bonté fondamentale, il peut être récité silencieusement ou à voix basse, si l'entourage et la personne accompagnée sont ouverts à cette pratique.
Tonglen Il est une pratique qui peut être associée à Tchenrézi et qui aide à accueillir les moments de silence, c'est Tonglen : prendre la souffrance et donner le bonheur. Et dans ce moment de silence, dans le mouvement de la respiration - inspire, expire - nous pensons que nous prenons la souffrance de l'autre sur nous-même, de l'autre et de tous les êtres, et quand nous expirons, nous donnons le bonheur. Nous prenons la souffrance et nous donnons le bonheur dans une dimension d'illusion, c'est-à-dire sans rien cristalliser, c'est quelque chose de léger et de naturel, et la souffrance vient se dissiper au niveau de notre cœur, dans Tchenrézi. Il n'y a aucune saisie à avoir parce que c'est du domaine de l'entraînement spirituel. Les souhaits pour renaître en Déouatchène L'autre aspect, ce sont les souhaits de Déouatchène. Les courts souhaits de Déouatchène se trouvent dans le texte de la pratique de Tchenrézi. Ils peuvent être récités mentalement, en présence ou non du mourant. Quelle que soit notre situation au moment de la mort ou lorsque nous sommes dans le bardo, s'il y a suffisamment de confiance, nous sommes face à Amithaba et nous prenons naissance en Déouatchène ! Et là, c'est uniquement une question de confiance. Les souhaits Faire des souhaits, c'est créer des causes favorables pour soi et pour les autres. Et si, pour émettre les souhaits, nous prenons l'Eveil à témoin, cela leur donne encore plus de force, de pureté, et si en plus nous utilisons comme carburant, le mérite, l'activité bénéfique accumulée par tous les êtres comme support de notre souhait, nous mettons une super graine dans le fondement de l'esprit ! " Par la bénédiction des trois Joyaux, prenant l'Eveil à témoin, et par la force de l'activité bénéfique accumulée par tous les êtres, puisse telle personne y voir plus clair, puisse telle personne sortir de sa souffrance, puisse la souffrance de telle personne lui être utile… " |