• Et le lien avec la mort ?

Dominique nous a brossé une sorte d’historique de la mort en Occident. Jusqu’au 19ème siècle, la mort semblait plus intégrée dans le courant de la vie de l’individu. Il y avait un rapport familier avec la mort ; le mourant savait ce qu’il avait à faire et il était entouré, accompagné pour bien le faire. Evidemment, le rapport à la mort restait difficile, il ne faut pas développer d’idées romantiques, mais la difficulté était ritualisée, accompagnée.

Actuellement, il y a une perte de sens. Notre société manque de rites, elle a escamoté la mort (encore que nous pouvons voir aujourd’hui des sursauts de prise de conscience).
Mais assez étonnement, elle est omniprésente dans l’image, elle est virtuellement présente (dans les journaux télévisés, les fictions cinématographiques et autres).

En fait, nous avons cru à la science « qui allait tout résoudre » ; cela a abouti à une faillite des conduites symboliques. De surcroît, nous manquons de temps pour le symbolique ; en tout cas, nous ne le prenons plus. Bref, nous sommes dans un monde qui ne sait plus quoi faire de la mort, de ses morts. Les rituels de mort sont là pour répondre au caractère « désordonnant » de la mort. Ils ont un double but : aider le défunt dans son devenir et lui assigner une place d’une part, et d’autre part, ils aident les survivants à vivre le deuil, à mobiliser la communauté pour qu’elle puisse survivre à la perte. Les rituels appartiennent aux moments de la mort : il y a les rituels de toilette et de veillée du corps, puis il y a la séparation d’avec le mort (enterrement, crémation ou autre) ; plus tard, il peut y avoir des rituels de commémoration.

  • Comment tout cela se vit concrètement ?

Actuellement, au sein de Semdrel nous menons une réflexion sur la façon d’intégrer les rituels bouddhistes dans notre société. Prenons les étapes dans l’ordre.

Comment veiller un défunt… et où ? Il n’est pas toujours évident de garder un corps à la maison, et, dans les hôpitaux, la morgue est la solution proposée (une nouvelle loi va permettre une évolution dans ce domaine). Une des solutions envisageables est le funérarium : aux agences de pompes funèbres et dans les crématoriums, il y a des lieux conçus pour veiller le défunt comme on le souhaite.

Il y a également le moment de la crémation ou de l’enterrement (selon le souhait du défunt). L’idéal est qu’un lama accompagné d’une sangha puissent, en accord avec la famille, accomplir les rituels nécessaires.

Nous sommes en train de réaliser une petite brochure pour expliquer ce qui peut être fait, en tant que pratiquant bouddhiste, pour accompagner ces moments. Il s’agit, bien sûr, de centrer toute la pratique sur la méditation de Tchenrézi et les souhaits de Déwatchène. Il y a également le « Jardin du souvenir », un lieu bouddhiste où les cendres peuvent être déposées selon la tradition. Nous essayons d’intégrer ces moments liés à la mort dans notre pratique et d’être présent en tant que sangha, communauté bouddhiste, lorsque la demande se présente.

Il semble que c’est en intégrant l’idée de la mort et de l’impermanence dans notre propre pratique que nous pourrons apprivoiser la perte de l’autre et être réellement aidant.