Douleur et souffrance de la personne en fin de vie

La rencontre de l'expérience de l'accompagnement et du dharma permet de trouver des moyens concrets pour faire de l'accompagnement un chemin spirituel. Le texte qui suit rassemble quelques unes des idées échangées lors du quatrième séminaire annuel qui avait pour thème : " Douleur et souffrance de la personne en fin de vie ". Un médecin, un psychiatre, un lama, une bénévole et des représentants de diverses spiritualités ont pu ainsi échanger leurs points de vue.

  • La personne en fin de vie

Lorsque nous parlons de l'accompagnement des personnes en fin de vie, cela implique que le processus de fin de vie nous laisse le temps de l'accompagnement, lorsque des personnes se voient confrontées à leur mort prochaine, soit du fait de la vieillesse, soit d'un processus pathologique évolutif.
Posons un postulat de départ et considérons que la mort est une étape naturelle de la vie et non pas un échec, que ce soit d'un point de vue médical ou humain. Le corollaire de cette notion, est que l'être mourant est un être vivant jusqu'au bout, un être qui a la nature de bouddha, qui en a la dignité fondamentale et inaltérable.

Si nous considérons un patient arrivant, par exemple, dans une unité de soins palliatifs, nous ne pouvons faire l'économie, pour comprendre sa souffrance, de connaître son parcours tout au long de sa maladie. Depuis le premier symptôme inquiétant jusqu'à ce jour, de nombreuses épreuves ont été traversées, examens multiples et variés, traitements souvent lourds et douloureux, peut-être une ou plusieurs interventions chirurgicales, en fait, tous les moyens possibles mis en œuvre pour contrecarrer le cours de la maladie.

Mais, de ce fait, ce malade a déjà connu un lourd passé d'espoirs déçus, d'angoisses diverses, et c'est tout son être qui est en difficulté, tout son être qui en est affecté, et c'est pourquoi nous devons prendre en considération sa souffrance globale, à savoir la souffrance physique (douleurs et inconforts), la souffrance sociale et familiale, la souffrance psychologique et la souffrance spirituelle.

  • Les souffrances

La souffrance physique

Si l'on parle de souffrance physique, on se doit d'évoquer bien sûr la douleur (soixante-dix à quatre-vingts pour cent des patients en fin de vie sont concernés), mais également d'autres symptômes tout aussi gênants comme les problèmes respiratoires et digestifs, les nausées, les mycoses buccales, mais aussi les troubles de la conscience qui peuvent aller jusqu'au coma ou la confusion mentale.



Toutes ces souffrances physiques ont un retentissement psychologique, mais également social et spirituel, et l'on voit bien qu'il est en fait impossible de ne pas prendre en compte tous ces aspects. Le travail des soignants est d'essayer de maintenir ces patients en vie le plus confortablement possible par des traitements appropriés, par des soins qui ne sont pas exclusivement des traitements médicamenteux, mais également des soins de propreté, de toucher, et des soinsrelationnels. Tout ceci est mis en place afin de maintenir le malade vivant jusqu'au bout et de lui garantir tous ses droits de personne capable de penser, de réfléchir, de décider, de communiquer.

Souffrances sociale et psychologique

La souffrance sociale naît du fait que le malade se sent écarté de la société, non productif et donc à charge de la société et de l'entourage ; c'est une souffrance souvent tue et mal comprise.

Face à la souffrance psychologique, la réponse est souvent médicamenteuse, alors que bien souvent une prise en compte de la douleur physique et de l'inconfort du malade, une présence attentive, une écoute, permettent un soulagement notable. En fait, le temps de parole accordé est un soin à part entière.
Le processus de la souffrance psychologique est enclenché dès le début de la maladie, et quatre types d'émotions vont émerger : la colère, la culpabilité, la peur et la dépression.
La colère, souvent mal tolérée par l'entourage, va trouver une cible extérieure, Dieu ou la destinée, la médecine, l'entourage, ou soi-même. La culpabilité peut être ressentie parce que l'on se sent un poids pour ses proches, parce que l'on vit difficilement la dépendance et qu'on n'est assez fort pour faire face à la situation…

Les peurs

Différentes peurs peuvent prendre place : la peur de la mort, de la douleur, de la déchéance physique ou mentale, de la perte de contrôle sur les événements. Quant à la dépression, elle est une phase naturelle du processus des différents deuils que le malade est contraint de vivre, face aux pertes rencontrées : perte de la bonne santé, de l'autonomie, de son statut social et familial, de ses projets, de son avenir, jusqu'à la perte de sa propre vie.

A partir de toutes ces souffrances, une stratégie de protection inconsciente va prendre place en fonction des tendances de chacun. Face aux diverses agressions, le déni, l'agressivité, la régression ou le contrôle excessif vont être des moyens de se protéger, de ne pas rencontrer ce que l'on refuse de vivre.

 

  • L'approche du dharma

Dans l'enseignement du Bouddha, trois types de souffrance sont définis. La souffrance omniprésente, inhérente à notre condition humaine, la souffrance de l'alternance, née du déni de l'impermanence, du changement, et la souffrance de la souffrance, fruit de notre refus de souffrir. Toutes ces souffrances naissent du fonctionnement même du territoire de l'ego.

Une meilleure compréhension du jeu émotionnel qui est le nôtre, peut nous permettre d'accueillir ces différentes souffrances avec plus de distance et de compassion. Un cheminement spirituel nous amène à faire face à la fragilisation issue de ce processus.

La question qui se pose alors : que faire de cette souffrance ?

Il est difficile de faire face à la souffrance de la fin de vie si nous ne l'avons pas abordée par la réflexion, la pratique spirituelle tout au long de notre existence. Plutôt que de se battre avec elle, le Bouddha nous invite à en comprendre son fonctionnement.
Elle n'est pas un destin incontournable mais le fruit d'attitudes de l'esprit. Les souffrances que nous rencontrons peuvent nous servir à mieux comprendre l'esprit et ses fonctionnements et à prendre conscience de la souffrance des autres.
La façon dont nous allons les aborder débouchera sur un sens né de l'expérience. Si la souffrance a une signification, elle peut être intégrée à la vie. Bien sûr, la souffrance physique doit être soulagée (par des médicaments par exemple) ; mais le fait de la soigner et de la dissiper ne doit pas nous empêcher de la prendre comme support de notre réflexion spirituelle.
Il s'agit d'établir un rapport sain à la souffrance de façon à savoir quels remèdes nous pouvons lui apporter et, si elle est reconnue, comment l'amener au chemin spirituel.

Il semble important de bien différencier notre propre souffrance et celle de l'autre. On ne peut imposer à l'autre notre façon de faire. Face à une personne en fin de vie, une attitude d'accueil de ce qu'elle exprime, vit et ressent, une écoute sans jugement ni a priori, sont une aide précieuse. Cette présence chaleureuse lui permet de poser un regard différent sur son vécu, et donc un cheminement plus épanouissant peut prendre place. De cette expérience un sens va émerger, et qui est propre à chacun.



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