• Tonglen

La méditation de "prendre et donner", "tonglen" en tibétain, est un autre moyen à la disposition de l’accompagnant. Tonglen est fondé sur les deux bodhicittas ; il ne peut se pratiquer que si nous avons une compréhension, même grossière, de la bodhicitta ultime, de la dimension illusoire des phénomènes. Tonglen est l’entraînement à la bodhicitta relative, la compassion.

Il s’agit de s’entraîner à prendre sur soi la souffrance de l'autre, et de donner notre bonheur. Cette méditation ne doit pas être considérée avec un côté magique, où nous prendrions effectivement la souffrance de l'autre et cela aurait un effet immédiat sur lui. Ce n'est pas du tout ça.Cette pratique a pour but, d'une part, de permettre d'accumuler du mérite, d'autre part, de pointer les limites de l'ego ; elle va générer des peurs, des inquiétudes qui vont nous permettre de voir jusqu'où nous sommes capable de lâcher prise, de ne pas nous laisser piéger par la saisie égoïste.

Dans le cadre de l’accompagnement, elle permettra d'établir une relation sereine à l'autre, et d'accueillir le silence. Il y a ces moments où la personne ne dit rien ; dans le silence, la pratique de tonglen permet d’établir une relation empreinte de compassion. La sérénité est contagieuse, tout comme la tension, et tonglen a pour but de dissiper la saisie égoïste, donc par une maîtrise progressive de cette pratique, on est de plus en plus serein, de plus en plus disponible, il y a un réel lâcher-prise qui prend place, ce qui rend notre présence beaucoup plus sereine et sécurisante, et plus compassionnée. Cette pratique nous permet de lâcher-prise, ce qui nous rend plus disponible à l’autre.

En aucun cas on ne donne cet outil à une personne en fin de vie qui ne serait pas préparée, qui n'aurait pas tout le contexte bouddhiste de la bodhicitta ultime et relative, du sens de cette méditation, du lâcher-prise. Il est beaucoup plus juste de permettre à la personne de finir sa vie sereinement, de pouvoir mener à terme les éventuels deuils qu'elle aurait à faire avant de mourir, plutôt que de lui donner des méthodes qui ne feraient que l'embarrasser et seraient un obstacle au moment de la mort.

  • Les souhaits

La force des souhaits est le quatrième moyens. Dans les soutras, il est dit que tout phénomène naît d'une intention, d'un état d'esprit. Nous pouvons utiliser cette intention de façon à induire quelque chose. Les souhaits, c'est émettre dans l'esprit une idée positive : "puisse cet être mourir sereinement, puisse-t-il réaliser l'éveil, puissent tous les êtres posséder le bonheur et les causes du bonheur..." Ne jamais se focaliser sur la personne mais penser "puisse cette personne et tous les êtres réaliser l'éveil".

Le souhait permet de donner une suite dans une relation même s'il n'y a plus de communication possible, et, en même temps, d'ouvrir la relation à tous les êtres. Le souhait est une graine plantée, et une fois plantée, elle ne nous appartient plus. Une fois que le souhait est formulé, il mûrira en fonction de notre mérite, des circonstances, du mérite de l'autre personne. Et également, lorsque l’on fait des souhaits, ce n'est pas "moi qui fais mon souhait", mais nous prenons les Trois Joyaux, le lama, l'éveil à témoin ; de plus, nous utilisons comme carburant le mérite, l'activité bénéfique accumulés par tous les êtres, comme support. C'est ainsi une graine beaucoup plus puissante qui est plantée et qui mûrira en son temps, selon les circonstances. Le souhait permet de donner une réponse, là où il n'y en a plus. Il ne nous laisse pas démunis, mais le but du souhait n'est pas de nous conforter face à notre impuissance. Sa fonction est de créer des causes d'éveil pour nous et pour les êtres.

  • Conclusion

La bodhicitta n'est pas simplement une méthode pour élargir l'esprit dans la relation, c'est un réel projet spirituel. Tonglen n'est pas seulement une technique, il permet de remettre en question en profondeur la saisie égoïste. Pour l’accompagnant bouddhiste, l'accompagnement est une pratique spirituelle, et dans ce sens-là, il n'y a pas de défaut à grandir dans l'accompagnement.

Il y a des personnes qui nous ont dit, "quand j'accompagne, je culpabilise, parce que moi, j'ai l'impression de progresser spirituellement, alors que l'autre personne est en train de mourir. Je progresse sur le dos d'une personne qui est en train de mourir." C'est important de ne pas développer cette vision-là, parce que, dans l'accompagnement, même si la personne est en train de mourir, nous sommes pour elle une réelle aide. Dans ce processus, les deux bienfaits sont accomplis et ils sont complémentaires, et il n'y a pas à culpabiliser au sortir d'un accompagnement, d'avoir eu l'impression de recevoir des cadeaux, de se sentir grandi, de se voir progresser. Parce que c'est dans ce mouvement-là que nous pouvons mieux accompagner l'autre. Autrement dit, ce n’est pas parce que nous accompagnons que nous prenons pas refuge, développons l'esprit d'éveil etc. mais c'est parce que nous prenons refuge, développons l'esprit d'éveil, pratiquons la méditation et tonglen, que nous pouvons accompagner en tant que bénévole bouddhiste.