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Les bases de l'accompagnement
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Pour réfléchir à l'accompagnement à la lumière du bouddhisme, il est important de redéfinir les principes fondamentaux de l'enseignement du Bouddha ; celui-ci est vaste, aussi il nous faut choisir les quelques points essentiels qui nous permettent d'éclairer l'accompagnement. Lorsque nous avons demandé à Guendune Rinpoché ce qu'il pensait d'une démarche comme celle de Semdrel, c'est-à-dire accompagner les personnes en fin de vie à préparer le moment de la mort, il a tout d'abord dit que se préparer à mourir au moment de la fin de la vie, c'est tard. La préparation à la mort commence bien plus tôt dans un processus de vie.
L'impermanence
La notion d'impermanence est importante de façon générale dans le dharma, mais elle est encore plus important dans le cadre de l'accompagnement de la fin de vie ou du deuil. Une des raisons du chemin spirituel est d'intégrer la dimension de l'impermanence, notre finitude et celle des phénomènes. Il nous faut comprendre l'impermanence, comme étant un principe naturel. Tout ce qui est accumulé va se disperser ; tout ce qui est construit, à un moment ou à un autre va s'écrouler ; tout ce qui est joint, va être désuni ; tout ce qui se rencontre, à un moment doit se séparer ; tout ce qui naît, à un moment meurt ; tout ce qui a un début, a nécessairement une fin. Il y a comme une évidence lorsque l'on en parle, mais le problème c'est que les êtres, à cause de la confusion, nient l'impermanence, d'où l'importance des différentes réflexions et contemplations qui nous familiarisent à la réalité de la transformation de toute chose. Ces diverses méditations partent, par exemple, de l'impermanence grossière. Nous réfléchissons sur le fait que l'univers dans lequel nous vivons, la terre (en tibétain terre se dit " djikten ", ce qui signifie support destructible), à un moment ou à un autre, va disparaître. De façon un peu plus subtil, nous prenons conscience du fait que les saisons se succèdent et transforment sans cesse l'environnement, que nous ne pouvons prolonger ni le jour, ni la nuit, l'un et l'autre étant impermanents etc. Nous réfléchissons aussi au fait que la mort est certaine et que nous ne sommes pas certain du moment de notre mort. Au moment de la mort, ni les richesses, ni les proches, ni le corps ne nous seront utiles. Ces méditations n'ont pas pour but de développer une vision morbide ou négative du monde, mais, au contraire, de nous mettre en phase avec la réalité des choses, afin, d'une part, de l'accepter, et, d'autre part, de la prendre comme base de transformation. Les bienfaits de la méditation sur l'impermanence sont l'ouverture à la voie spirituelle, le développe-ment la lucidité. Les réflexions sur la mort et l'impermanence nous détournent des actions négatives, elles induisent l'éthique juste. Pour l'accompagnant, cette méditation est importante parce que s'il va accompagner une personne en fin de vie ou une personne en deuil sans avoir été revisiter les représentations qu'il a de la mort, il risque d'être remis tellement fort en question dans la situation, qu'il ne pourra plus être aidant.
Les bardos
Une deuxième notion enseignée par le Bouddha importante pour nous est la notion de bardo. En général, lorsque nous parlons du bardo, nous pensons au texte du "Bardo Thödol", "la libération de l'état intermédiaire par l'écoute", qui fait surtout référence au moment de la mort. Mais le mot bardo, en tibétain, signifie un moment, une durée avec un début et une fin. Notre
existence est une succession de bardos, est une succession de moments.
Le Bouddha a expliqué que l'existence est composée de quatre grands bardos.
Le bardo de la vie, qui commence à la conception et qui va jusqu'au moment
de la mort ; le bardo du moment de la mort, l'agonie jusqu'au moment de
la mort inclus ; puis il y a ce qui se passe après la mort ; d'une part,
le bardo de la réalité, expériences rencontrées juste après la mort ;
et enfin, le bardo du devenir, c'est-à-dire tout ce qui est vécu jusqu'à
la nouvelle renaissance. Notre existence est donc une succession de bardos. Ce cycle n'a pas de raison de s'arrêter si nous n'y mettons pas fin, si nous ne mettons pas les moyens en œuvre pour nous transformer.
Les deux visages
Un être vivant a deux visages. D'une part, un visage de sagesse : nous avons tous un potentiel de sagesse, fait d'ouverture, de qualités éveillées, et d'une capacité à connaître. D'autre part un visage de confusion, l'incapacité à reconnaître les qualités qui sont en nous. Notre incapacité à la reconnaître la dignité fondamentale réduit notre réalité, nous nous identifions à un individu confus, fait d'un corps, d'une parole et d'un esprit, expérimentés dans la confusion et donc dans la souffrance. Dans ces circonstances, le centre de notre expérience est la saisie égoïste c'est-à-dire l'identification à une version confuse et limitée de soi-même. Le fondement de cette saisie est l'ignorance ; celle-ci dissipée nous reconnaissons la sagesse inhérente à l'esprit. Tout être est un être de sagesse qui s'ignore. Fondée sur l'ignorance, l'existence consiste à générer toujours plus de confusion et d'insatisfaction. Le sens proposé par le Bouddha c'est, à partir de notre réalité confuse, aller à la rencontre de la réalité de la nature de l'esprit. C'est là que se trouve les causes d'un authentique bonheur pour soi et les autres. Bien que nous ayons un potentiel de sagesse, à cause de l'ignorance, il n'est pas reconnu ce qui génère de la confusion et de la souffrance. A cause de notre situation de confusion nous nions l'impermanence, et nous n'avons pas conscience du cycle dans lequel nous sommes. Voilà les quelques grands principes indispensables à connaître de l'enseignement du Bouddha pour comprendre en quoi il peut éclairer la démarche de l'accompagnement.
La motivation
Pourquoi accompagnons-nous une personne en fin de vie ou une personne en deuil ? Il existe diverses motivations émotionnelles qui nous pousse à le faire et il est important d'en être conscient. Par exemple, l'accompagnement pour réparer une expérience mal vécue, ou pour renouveler une expérience d'accompagnement bien vécue. Il peut y avoir la fascination pour la maladie et la mort, ou alors pour le rôle d'accompagnant. Bref tout une série de motivations émotionnelles qui sont marquées par, comme leur nom l'indique, l'émotion : l'orgueil ou l'attachement ou la peur. Ces différentes émotions que l'on va saisir et qui vont parasiter l'accompagnement, parce que la motivation n'est pas authentique. La motivation que nous propose le Bouddha, c'est de développer la conscience des deux bienfaits. L'accompagnement nous permet de nous transformer, c'est-à-dire prendre conscience de nos limites et, progressivement, les dépasser ; le but consiste évidemment à amener l'autre vers plus d'ouverture, de clarté et de bienveillance. Il y a donc tout un travail à faire sur cette motivation, ce qu'on appelle la motivation d'éveil. Lorsque je vais accompagner une personne, je sais que je le fais dans la perspective d'amener tous les êtres à l'éveil, et cette motivation va me donner un espace dans lequel je peux développer clarté, ouverture, conscience et également bienveillance et chaleur. Mais, on ne part pas d'ailleurs d'où on est, c'est-à-dire que de toute façon, on part d'une motivation émotionnelle et une partie du travail de l'accompagnant, va être de reconnaître ses motivations émotionnelles de façon à les lâcher et aller vers plus d'ouverture, à les transformer.
Les différentes relations Le bénévole fonde sa démarche sur la conscience de la réalité et une motivation juste. A partir de là, il ne doit pas se tromper de rôle, en effet l'accompagnement est un type de relation spécifique, centré sur la personne, basée sur l'écoute et qui permet à l'autre de vivre différemment sa souffrance. L'accompagnant rend la responsabilité du deuil à l'endeuillé, c'est-à-dire qu'il permet un espace dans lequel la personne peut parcourir son propre chemin, ce qui demande, pour le bénévole, une formation et un suivi, une supervision à travers des groupes de parole etc.
Il y a d'autres types de relation par rapport auxquels le bénévole doit être attentif, il y a la relation de soutien, elle n'est pas centrée sur la personne, elle est centrée sur le problème dans lequel est la personne. Par exemple, une personne vient de perdre un proche ; elle est démunie face aux démarches administratives et à l'organisation des obsèques. Dans une relation de soutien, nous allons aider la personne dans l'organisation concrète des obsèques. Il y a là un soutien assez directif et une résolution rapide des difficultés. C'est une aide immédiate, qui n'est pas du même type que celle de l'accompagnement. Toutefois, un bénévole d'accompagnement peut, à certains moments, entrer dans une relation de soutien. Par contre, il est deux types de relation que le bénévole ne peut pas établir ; il s'agit d'une part, de la relation psychothérapeutique qui, elle, est centrée sur la relation et demande des compétences spécifiques. Et, d'autre part, la relation spirituelle qui est centrée sur la transcendance, qui est basée sur la confiance, la foi même, et qui permet d'aller au-delà de la confusion. C'est une relation de pratiquant à guide spirituel.
Le deuil
Une fois que l'accompagnant est clair sur sa motivation, est attentif sur le type de relation il établit, il essaie de comprendre le processus du deuil. Qu'est-ce que le deuil d'un point de vue bouddhiste ? Le deuil est issu du déni de l'impermanence et de l'attachement ; parce que nous sommes attachés à ce que nous perdons, et parce que nous n'arrivons pas à intégrer le fait que l'objet de notre attachement a de toute façon une fin, l'intégration de la perte passe par le processus du deuil. La disparition de l'objet de notre attachement est vécu comme l'émergence de l'absence dans notre réalité illusoire, et va nous obliger à nous remettre en question. En ce sens, nous sommes tous des endeuillés, car nous avons tous de l'attachement, nous nions tous l'impermanence et chaque fois que nous perdons un objet, il y a le même processus du deuil qui prend place, avec plus ou moins de force selon la densité de l'attachement. Il existe différentes descriptions du processus du deuil. Nous l'abordons en trois phases. Tout d'abord il y a le refus de la réalité de l'absence : il va nous être impossible d'accepter de fait la perte de la personne, de la situation ou de l'objet auquel nous sommes attaché. Puis, progressivement, il y a confrontation à la réalité de l'absence, la rencontre avec la perte devient incontournable. Finalement, il peut y avoir intégration de la réalité de l'absence. Il est effectivement possible d'intégrer complètement le deuil, ce qui est le fruit d'un chemin intérieur et bien souvent spirituel. Il y a des acceptations partielles, mélange d'intégration et de refus. Et enfin il peut également y avoir des résignations, des replis sur soi, une incapacité à intégrer la perte. Un deuil ne se conclut pas nécessairement de façon positive. La compréhension du processus du deuil est essentielle, parce qu'il est vécu également dans le processus de fin de vie, sachant que celle-ci est une succession de deuils. Il va falloir faire le deuil de sa bonne santé, de son statut social, de son intégrité physique, de son autonomie, jusqu'à devoir faire, petit à petit, le deuil de sa propre vie. Comprendre le processus du deuil nous permet de mieux être présent à la personne en fin de vie, afin de l'accompagner dans ses processus d'adaptation aux situations rencontrées, pour qu'elle puisse vivre le moment crucial de la mort avec le plus de lucidité possibles.
L'écoute L'outil principal de l'accompagnant est l'écoute. D'un point de vue bouddhiste, écouter l'autre fait partie du chemin spirituel. L'écoute nous amène à nous remettre en question en profondeur. De façon générale, elle sert à aider à accueillir, à ressentir, à mieux comprendre les souffrances. Il ne s'agit pas d'atténuer ou de minimiser les souffrances d'une personne, mais, dans le meilleur des cas, d'en faire un processus constructif. L'écoute aide à l'émergence d'un sens au deuil qui se vit ou au temps qui reste à vivre. L'écoute permet de mûrir dans sa vision de soi et du monde. Le propos de l'accompagnant bouddhiste n'est pas de convertir, ou de faire du prosélytisme. L'accompagnant utilise l'enseignement du Bouddha afin d'être plus lucide et bienveillant, plus clair et disponible bref, d'être plus humain. Si un accompagnant s'inspire du bouddhisme, c'est dans le but d'être aidant de façon juste. |