L'écoute

La rencontre de l'expérience de l'accompagnement et du dharma donne des perspectives inattendues qui permettent de mieux accompagner l'autre. Anila Trinlé, vice-présidente de l'association, nous l'explique :

  • En quelques mots, qu'est-ce qu'accompagner ?

On pourrait dire qu'accompagner, c'est essentiellement proposer une présence chaleureuse et attentive, à une personne en souffrance, que ce soit une personne en fin de vie ou une personne en deuil. Et cet accompagnement, cette présence, a pour objet de permettre à la personne en souffrance d'exprimer ce qu'elle traverse, ce qu'elle vit, de façon à pouvoir, d'une part, mieux l'intégrer, et d'autre part, dans le meilleur des cas, de trouver un sens à sa souffrance et donc d'en faire quelque chose. Accompagner, c'est donc offrir une présence, et c'est surtout basé sur l'écoute. Ecoute centrée sur l'autre, qui nécessite une disponibilité intérieure et une compassion réelle.

  • Est-ce que tu pourrais expliquer ce qu'est l'écoute, qu'est-ce qu'écouter ?

Ecouter, c'est se mettre à disposition de l'autre, dans ce qu'on appelle une neutralité bienveillante, en évitant tout jugement préalable, toute classification, tout a priori tant qu'à ce qui se dit, ce qui se vit et ce qui se voit. Il y a parmi les personnes en fin de vie, des personnes qui présentent un corps difficile à regarder, à approcher, et l'écoute passe aussi par le fait de dépas-ser l'apparence pour aller vers l'être.

  • Quels sont les obstacles à l'écoute ?

Parmi les obstacles, il y a d'une part notre propre émotion par rapport à ce qui se dit, parce que ce qui s'expérimente chez l'autre a un écho en soi. Et donc, il est nécessaire d'avoir pris le temps de réfléchir auparavant à ce que l'on a vécu, à ce qui nous fait souffrir et ce qui nous est supportable par rapport à la souffrance de l'autre, de façon à ce que l'émotion qui s'élève en présence de l'autre puisse être vue et dépassée, pour ne pas complètement entacher la relation. Ce qui fait obstacle à l'écoute, c'est l'émotion qui prend toute la place, et c'est ce qu'on appelle tous les " trop vite ", consoler trop vite, rassurer, conseiller trop vite...

C'est-à-dire couper la parole de l'autre, pour se protéger de la souffrance née de l'émotion qui s'élève en nous. Consoler n'est pas forcément une erreur, rassurer non plus, c'est surtout le trop vite qui est un obstacle. C'est-à-dire, empêcher la parole pour se protéger soi-même. Se protéger n'est pas un défaut non plus, c'est même parfois nécessaire, mais il est bon de le voir, sur l'instant ou après, de façon à pouvoir l'analyser, voir d'où naît cette attitude de protection, et au fil du temps, dépasser ces "trop vite" pour offrir une véritable écoute, centrée sur l'autre et non pas sur soi.

  • Et à ton avis, en quoi le dharma est une aide ?

Le dharma est une aide précieuse parce qu'il permet justement de se préparer à l'écoute en étant attentif à ses émotions, en apprenant à les voir, c'est un premier point important, et également de développer la compassion. Ce que la méditation m'a aussi beaucoup apporté, c'est plus de calme et une certaine ouverture, qui sont toujours à développer bien sûr, mais je trouve que la méditation apporte cet espace-là.

  • Comment le dharma aide à développer la compassion ?

Parce qu'il donne un projet plus vaste. Tout au début où je pratiquais l'accompagnement, j'étais avec le malade et pour le malade. Puis, le fait d'avoir pour projet d'être là pour le bienfait de tous les êtres, d'y penser, même si ce n'est pas d'une grande évidence sur l'instant, donne de l'espace, automatiquement. En plus, on n'est plus focalisé sur cet être-là, ce n'est plus " moi, j'accompagne ce monsieur ou cette dame ", mais, je suis en présence d'un être en souffrance, et des êtres en souffrance peuplent tous les univers, et donc ça casse un peu le " je " accompagne.

  • Et en quoi la méditation est aidante ?

Elle est aidante pour réfléchir sur l'impermanence, sur notre propre mort, parce qu'approcher la mort de l'autre nous ramène forcément à notre mort. On a face à soi ce qui peut nous arriver, ce qui va de toute façon nous arriver, de cette manière-là ou d'une autre. La méditation sur l'impermanence nous familiarise avec cette idée qu'effectivement un jour, nous mourrons. Mais cette méditation n'a rien de morbide, elle permet au contraire de vivre chaque instant avec plus de densité. Il ne s'agit pas de remplir chaque instant de notre vie pour en faire des moments pleins, mais d'accueillir l'instant, tel qu'il se présente, avec le plus d'ouverture possible. C'est, en fait, une invitation à accueillir l'imprévisible. La méditation donne également la possibilité de voir notre fonctionnement, nos émotions et d'observer la façon dont on réagit face une à situa-tion donnée. Au cours de ce type de méditation, on repense au déroulement de la journée, comment on a réagi face à telle ou telle situation, et donc quelle émotion s'est manifestée, et petit à petit, il y a une perception, une reconnaissance de l'émotion quand elle s'élève, et, à partir de là, il y a possibilité d'en faire quelque chose, de la lâcher dans le meilleur des cas. C'est ce que nous essayons de mettre en pratique dans l'association.

  • Et tonglen, la méditation de l'échange de la souffrance de l'autre avec son propose bonheur. Comment est-elle utilisée dans l'accompagnement ?

Tonglen est une pratique qu'il est juste de faire d'abord sur son coussin, chez soi, afin de se familiariser avec cette pratique, puis, après, de la pratiquer en situation. C'est-à-dire, dans les moments de silence, ces moments où la communication est possible mais ne prend pas la forme verbale, où quand elle est impossible parce que la personne ne peut plus physiquement s'exprimer, mais aussi auprès des personnes dans le coma.
C'est une pratique qui apporte un espace de calme, une ouverture, à l'accompagnant. La personne en souffrance le ressent consciemment ou inconsciemment, je ne sais pas exactement, mais de ce que j'ai pu constater, c'est que ça l'apaise également. En plus, c'est un outil quotidien, où, face à toute situation de souffrance, que l'on sait ne pouvoir soulager, on peut pratiquer tonglen, c'est une pratique précieuse !


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